Publié le par Olivier Maupas-Sehikyan · Boucles d’oreilles


Certaines créations n'ont pas besoin de faire du bruit. Ces boucles d'oreilles en or blanc 18 carats, ornées chacune d'un saphir bleu naturel et d'un halo de petits diamants, en sont la preuve. Je les ai dessinées puis fabriquées entièrement à la main dans mon atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes, pour une cliente qui voulait un bijou fait pour être vécu, pas rangé dans un tiroir. Je vous raconte comment elles sont nées.
Une cliente, une envie précise de boucles d'oreilles à porter chaque jour
Tout a commencé par une visite à l'atelier. Ma cliente est entrée avec une idée très claire : elle cherchait depuis longtemps une paire de boucles d'oreilles sur mesure qu'elle pourrait garder en permanence, du bureau aux occasions plus habillées. Un bijou robuste, discret, mais jamais banal.
Elle avait pourtant essayé beaucoup de modèles. Les uns lui paraissaient trop imposants, les autres trop sages. Et puis il y avait cette inquiétude, presque une petite angoisse : celle de perdre une boucle en la manipulant, avec un fermoir classique. Elle me l'a confié simplement, comme on avoue une gêne qu'on traîne depuis des années.
Nous avons longuement parlé. Elle aimait les lignes classiques, mais souhaitait une touche de couleur, sans excès. Le saphir bleu, sa pierre fétiche, s'est imposé presque tout seul au fil de la conversation.
Saphir bleu naturel et or blanc : le choix des matières
Je suis à la fois négociant en pierres précieuses et joaillier créateur, ce qui me permet de choisir mes gemmes à la source. Lors d'un approvisionnement récent, j'avais mis de côté deux saphirs bleus naturels calibrés à l'identique, d'un bleu profond et velouté. Quand je les ai posés sur le comptoir devant elle, le coup de cœur a été immédiat. Je le dis sans détour : certaines pierres se reconnaissent d'un seul regard.
Le saphir appartient à la famille des corindons, comme le rubis. Avec le diamant, le rubis et l'émeraude, il fait partie des quatre pierres précieuses. Sa dureté, 9 sur l'échelle de Mohs, juste derrière le diamant, en fait un compagnon fiable pour un bijou porté sans interruption : il supporte les frottements, l'eau et les produits cosmétiques. Son bleu, parfois nuancé de violet, vient de traces de fer et de titane dans sa structure cristalline. Je privilégie les origines Sri Lanka et Madagascar pour leur couleur, et cette relation directe me permet de connaître l'histoire de chaque pierre.
Le saphir est aussi chargé de symboles. Il évoque la fidélité et la sagesse depuis l'Antiquité, Lady Diana en avait fait sa bague de fiançailles, et c'est la pierre de naissance de septembre. Autour de chaque saphir, j'ai prévu un halo de petits diamants, choisis à la loupe x10, pour faire vibrer le bleu sans le couvrir. Le métal, lui, devait rester sobre : de l'or blanc 18 carats, c'est-à-dire 75 % d'or pur allié au palladium, finalisé par un bain de rhodium qui accentue la blancheur des diamants et le contraste avec la pierre.
Le fermoir Alpa, pour ne plus craindre de perdre une boucle
Restait la question qui préoccupait ma cliente. Je lui ai proposé le fermoir Alpa, un système breveté, développé par un fabricant français et apprécié en haute joaillerie. Son principe est simple : une petite tige mobile s'insère dans un cône récepteur, puis un pas de vis discret verrouille l'ensemble. Impossible de l'ouvrir par accident, même pendant le sommeil ou une séance de sport.
Je l'ai vue sourire en comprenant qu'elle n'aurait plus à surveiller ses oreilles. Ce détail technique, invisible une fois les boucles portées, change pourtant tout au quotidien : c'est lui qui transforme un joli bijou en bijou que l'on oublie, au meilleur sens du terme.
J'ai ensuite sorti mon carnet et tracé plusieurs croquis. Le projet retenu : chaque saphir en serti à griffes au centre, entouré d'une couronne de petits diamants en serti grains, le tout monté sur un fermoir Alpa en or blanc rhodié. Elle a validé le dessin sur-le-champ.
De l'or fondu au halo de diamants : la fabrication à l'atelier
Vient alors le temps de l'établi. Tout a été réalisé sur place, à la main, dans mon atelier de joaillerie à Saint-Sébastien-sur-Loire, au sud de Nantes.
Le métal et les plateaux
J'ai commencé par fondre l'or blanc pour obtenir un lingot propre. Le métal a été purifié au borax, coulé, puis laminé en plaque et étiré au banc pour obtenir les sections dont j'avais besoin. À la scie bocfil, j'ai découpé deux plateaux ronds identiques, destinés à recevoir les halos. La régularité entre les deux boucles compte énormément : à l'oreille, la moindre asymétrie se verrait tout de suite.
J'ai ensuite construit les deux montures centrales à partir d'un fil d'or blanc. Chacune porte quatre griffes, ajustées une à une à la lime aiguille, pour que le saphir tienne fermement sans paraître encombré.
Le sertissage, étape la plus délicate
C'est le moment où l'on retient son souffle. Chaque emplacement de diamant a été creusé à la fraise conique, selon un rythme parfaitement régulier autour de la pierre centrale. Un seul décalage, même minuscule, et la symétrie du halo serait perdue. Les tiges du fermoir Alpa ont été soudées à l'arrière des plateaux, avec une chauffe très précise afin de ne rien déformer, puis ajustées à leur cône et testées plusieurs fois pour valider le verrouillage.
Chaque saphir a ensuite été enchâssé dans ses griffes, rabattues à l'onglette. Les petits diamants ont suivi, montés en serti grains à l'échoppe et au perloir : ils forment ces couronnes lumineuses qui encadrent le bleu. Enfin, les boucles ont été poncées, polies au feutre puis au coton, avant leur bain de rhodium.
La remise : des boucles que l'on n'enlève plus
Le jour où ma cliente est revenue, j'ai posé l'écrin devant elle sans rien dire. Elle a installé les boucles, a vérifié le fermoir du bout des doigts, puis a regardé son reflet un long moment. Elle a compris tout de suite qu'elle ne les enlèverait plus. Ce n'est pas un bijou qui s'exhibe : il accompagne, il éclaire le visage, il se fait oublier tout en étant là. C'est exactement ce qu'elle cherchait, et j'avoue que ce genre de silence, à la remise, reste pour moi la plus belle des récompenses.
Si vous rêvez, vous aussi, d'une paire de boucles d'oreilles en or blanc et saphir bleu, ou de toute autre pièce pensée pour votre quotidien, poussez la porte de mon atelier à Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes. Nous prendrons le temps d'en parler, simplement, autour de quelques pierres et d'un carnet de croquis.





