Publié le par Olivier Maupas-Sehikyan · Bagues



Un jour, une cliente a poussé la porte de mon atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes, un petit coffret serré contre elle. Elle l'a posé sur l'établi et l'a ouvert avec précaution, comme on entrouvre un carnet de souvenirs.
Un coffret de bijoux anciens et l'envie d'un nouveau chapitre
À l'intérieur, des années de vie rangées en vrac : deux bagues en or blanc 18 carats qu'elle ne portait plus, une chaîne cassée, une paire de boucles d'oreilles délaissée depuis longtemps et quelques diamants récupérés au fil du temps. Rien de rutilant, mais beaucoup d'histoire.
Sa demande était claire. Elle traversait un cap important de sa vie : le lancement d'une nouvelle activité professionnelle. Elle voulait marquer ce moment par un bijou qui lui ressemble aujourd'hui, ni ostentatoire ni banal. Une pièce délicate, féminine, qu'elle porterait chaque jour comme un rappel discret de sa réussite. Pour cela, elle souhaitait transformer d'anciens bijoux et réunir ces souvenirs en une seule création contemporaine.
Nous avons longuement parlé de ses goûts. Elle aime les lignes pures, l'élégance qui ne se voit pas mais qui se ressent. Le solitaire classique lui paraissait trop convenu. Je lui ai alors proposé une bague solitaire accompagné : une pierre centrale, mise en valeur par de plus petits diamants qui la prolongent.
Pourquoi un diamant poire pour sa bague sur mesure
Restait à choisir la forme de la pierre centrale. Elle hésitait. Le rond brillant lui semblait trop attendu, la taille princesse trop moderne. J'ai posé devant elle l'idée de la taille poire, une silhouette allongée et gracieuse, à mi-chemin entre la brillance du rond et la sophistication de la marquise.
Elle a été séduite presque aussitôt. Portée pointe vers l'ongle, cette forme affine le doigt et apporte une touche de romantisme discret. Pour une bague diamant poire en or blanc, c'est un choix qui demande un peu de soin, mais qui récompense largement.
J'ai sorti mon carnet et dessiné plusieurs croquis. Le modèle retenu place le diamant poire en serti à griffes, monté verticalement, entouré de deux épaulements pavés de petits diamants en grains. Le corps de bague reste fin et épuré. Le projet a été validé le jour même.
L'or blanc 18 carats et la taille poire : ce que j'ai retenu
Avant de toucher au métal, j'aime expliquer à mes clients ce qu'ils vont porter. La taille poire, aussi appelée pendeloque, compte parmi les plus anciennes de la joaillerie. On l'attribue au tailleur belge Lodewyk van Berquem, au XVe siècle. Elle offre à la pierre 56 à 58 facettes, disposées pour restituer un feu intense. Elle évoque pour moi une goutte de lumière figée.
Elle a toutefois une fragilité : sa pointe. Un choc peut l'ébrécher. C'est pourquoi on la protège par une griffe dédiée, la griffe en V, sans laquelle je ne monterais jamais une poire.
Le diamant central a été choisi parmi ceux du coffret, le plus beau du lot. Je l'ai examiné à la loupe x10 : couleur, pureté, calibrage et surtout intégrité de la pointe. Les autres pierres ont été triées et calibrées pour composer le pavage des épaulements.
Quant à l'or blanc 18 carats, c'est un alliage de 75 % d'or pur, associé à du palladium ou de l'argent. Sa teinte naturelle est légèrement grisée. Un bain de rhodium en fin de parcours lui donne son éclat blanc miroir et le protège de l'usure.
De la fonte au serti grains : le travail à l'atelier
Tout a été réalisé sur place, dans mon atelier, sans intermédiaire. J'ai commencé par rassembler l'or des anciennes bagues, de la chaîne et des boucles d'oreilles. Chaque pièce a été pesée et contrôlée, puis fondue ensemble. Le métal a été purifié au borax avant d'être coulé en lingot. Cette étape me touche toujours : plusieurs bijoux distincts redeviennent une seule matière, prête à raconter autre chose.
Le lingot a ensuite été laminé en plaque, puis étiré au banc pour obtenir les sections voulues. J'ai découpé le corps de bague à la scie bocfil et je l'ai cintré au triboulet, pour qu'il épouse exactement le tour de doigt. Il a été brasé en anneau, puis affiné avec attention : la finesse du jonc est ce qui préserve l'allure discrète du bijou.
La monture du diamant poire
J'ai construit ensuite la monture centrale. Les cinq griffes ont été façonnées une à une à la lime aiguille, dont la griffe en V qui veille sur la pointe de la pierre. Le panier, sous le diamant, a été structuré pour laisser passer un maximum de lumière.
Le sertissage en grains
Sur les deux épaulements, j'ai creusé à la fraise conique les emplacements des petits diamants, en tenant un rythme parfaitement régulier. Vient alors le sertissage. Le diamant poire a été délicatement installé dans son écrin, puis ses griffes ont été rabattues à l'onglette, avec une pression progressive. La griffe en V a reçu un soin particulier.
Les petits diamants ont ensuite été montés en serti grains, à l'échoppe et au perloir. Chaque grain de métal retient une pierre. Ils forment deux lignes scintillantes qui prolongent le diamant central.
La bague a été poncée, limée, puis polie au feutre et au coton. Pour finir, elle a reçu son bain de rhodium.
La remise de la bague
Le jour où ma cliente est revenue, j'avais disposé la bague sur un petit écrin, près de la fenêtre. Elle l'a glissée à son doigt sans rien dire. Elle l'a regardée longtemps, a tourné la main dans la lumière, puis a souri. Un sourire discret, qui parlait pour elle. Ses anciens bijoux n'avaient pas disparu : ils vivaient désormais dans une seule pièce, qui l'accompagnera dans ce nouveau chapitre.
Si vous aussi gardez dans un tiroir des bijoux anciens que vous ne portez plus, venez me les montrer à l'atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire. Nous en parlerons simplement, autour d'un café, et nous verrons ensemble ce qu'ils peuvent devenir.





