Publié le par Olivier Maupas-Sehikyan · Bagues



Une bague sur mesure pour un anniversaire et une pierre retrouvée
Elle a poussé la porte de mon atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes, avec une idée très nette. Elle approchait de ses soixante ans et voulait marquer ce cap par un bijou qui lui ressemble vraiment. Pas un caprice : plutôt une envie de justesse.
Née en novembre, elle a toujours aimé la topaze bleue, sa pierre de naissance. Sa mère lui avait offert un petit pendentif serti de cette gemme quand elle avait douze ans. Au fil des déménagements, il s'était perdu. Elle ne m'a pas dit combien ce souvenir pesait, mais je l'ai entendu dans sa façon d'en parler, avec un sourire un peu en retrait.
Nous avons longuement discuté. Elle aime l'élégance discrète et préfère le raffinement à l'ostentation. Sa bague devait se porter chaque jour sans accrocher les vêtements, tout en ayant plus de caractère qu'un simple solitaire. Voilà un cahier des charges que j'aime : précis, sincère, personnel. Pour moi, une bague sur mesure commence toujours ainsi, par une conversation avant le moindre trait de crayon.
Choisir une topaze bleue Swiss Blue contre la peau
J'ai sorti de ma collection plusieurs topazes de nuances différentes, et je les ai posées devant elle. La Sky Blue, légère et aérienne, comme un ciel d'été. La London Blue, profonde, presque nocturne, plus sophistiquée. Et la topaze Swiss Blue, d'un bleu vif et éclatant.
Elle a tenu chaque pierre contre sa peau, l'une après l'autre, en silence. C'est le meilleur test, bien plus fiable que n'importe quelle description. Son choix s'est porté sur la Swiss Blue, dont la teinte lui rappelait les eaux tropicales d'un voyage qui avait compté pour elle. Ainsi, la pierre portait déjà deux souvenirs : celui de l'enfance et celui de ce voyage.
Ce qu'il faut savoir sur la topaze
La topaze est une pierre fine, et non l'une des quatre pierres précieuses (diamant, rubis, saphir, émeraude). Cette distinction administrative ne dit rien de sa beauté. Avec une dureté de 8 sur l'échelle de Mohs, elle supporte très bien un port quotidien. Elle a pourtant un point sensible : un clivage, c'est-à-dire une direction le long de laquelle elle peut se fendre sous un choc. J'en tiens compte à chaque fois que je dessine sa monture.
Je précise aussi, par honnêteté, que la plupart des topazes bleues du commerce sont des topazes incolores dont la couleur a été révélée par irradiation puis chauffage. Ce traitement est stable et largement admis par les gemmologues. Les Égyptiens appelaient cette pierre la « pierre d'or », et on lui prête aujourd'hui la sérénité et l'équilibre émotionnel. Pour cette cliente, la pierre de novembre prenait tout son sens.
J'ai retenu une topaze de taille ovale, d'une belle transparence. Sa couleur s'accordait avec la carnation de ma cliente, ce qui n'est jamais un détail.
Une bague en or blanc 18 carats, façonnée à la main dans mon atelier
J'ai dessiné plusieurs croquis dans mon carnet avant de m'arrêter sur un modèle : la topaze en serti clos au centre, portée par un anneau en or blanc 18 carats dont le corps est rythmé par un pavage de diamants sertis en grains. Le projet validé, je suis passé à l'établi.
Le travail a commencé par la fonte. L'or blanc 18 carats contient 75 % d'or pur, associé ici à du palladium. J'ai porté le métal à sa température de fusion, environ 1 064 °C, puis je l'ai purifié au borax et coulé en lingot. Il a ensuite été laminé en plaque, puis étiré au banc pour obtenir les sections voulues.
Le corps de bague a été découpé à la scie bocfil, cintré au triboulet pour épouser exactement le tour de doigt, puis brasé en anneau. Les surfaces qui allaient recevoir les diamants devaient être parfaitement planes : sans cela, la régularité du sertissage est compromise.
Pour la monture centrale, j'ai cintré une fine bande d'or au périmètre exact de la topaze. Ce serti clos protège les angles de la pierre, justement à cause de ce clivage dont je parlais, et laisse sa transparence respirer. J'ai ensuite creusé à la fraise conique les petits logements des diamants, selon un rythme bien régulier.
Le sertissage et la finition
Vient le moment que je préfère, et le plus silencieux : le sertissage. La topaze a été installée dans son écrin d'or, puis la bande a été rabattue sur la pierre à l'onglette, avec une pression progressive. Les diamants, triés à la loupe x10 pour leur pureté, leur couleur et leur calibrage, ont été montés en grains à l'échoppe et au perloir. Chacun forme une minuscule perle de métal qui le retient.
La bague a enfin été poncée, limée, puis polie à la feutre et au coton. Un bain de rhodium lui a donné son blanc brillant de miroir. Tout ce travail de joaillerie à Nantes se fait sur place, à la main, sans rien confier à personne : je peux ainsi suivre la pièce de la première cire au dernier coup de polissoir.
La remise de la bague : un pendentif retrouvé autrement
Le jour de la remise, j'ai posé l'écrin sur le comptoir et je me suis tenu un peu à l'écart. Ma cliente a ouvert la boîte, puis elle a glissé la bague à son doigt. Elle est restée immobile un instant. Elle m'a dit qu'elle retrouvait la sensation du petit pendentif de ses douze ans, celui que sa mère lui avait offert.
Je ne cherche jamais à reproduire un objet disparu, ce serait impossible. Mais je peux créer un bijou qui en prolonge l'émotion. Cette bague, née d'une pierre de naissance, marque désormais un cap important de sa vie, et elle la portera tous les jours, comme elle le voulait.
Si vous aussi, vous portez en vous une pierre, un souvenir ou une date que vous aimeriez inscrire dans un bijou, venez en parler à l'atelier, à Saint-Sébastien-sur-Loire. Nous prendrons le temps d'en discuter, autour d'un café, et nous verrons ensemble ce qui peut naître.





