Publié le par Olivier Maupas-Sehikyan · Bagues


Il y a des rendez-vous où l'on comprend, dès que la porte s'ouvre, que la conversation sera exigeante et passionnante. Ce jour-là, une cliente est entrée dans mon atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes, avec une idée très précise. Architecte de formation, passionnée de modernisme et de Bauhaus, elle cherchait depuis longtemps une bague aigue-marine sur mesure capable de refléter son univers.
Pas de pièce classique, pas de bijou démonstratif. Elle voulait quelque chose de graphique et d'épuré, dans le prolongement de son goût pour l'architecture minimaliste.
Elle avait pourtant beaucoup cherché. Elle avait fait le tour des vitrines des grandes maisons sans rien trouver : trop sage ici, trop chargé là. Ce qu'elle espérait existe rarement en série, un bijou dont chaque ligne aurait été pesée, réfléchie, dessinée pour elle seule. Je l'ai écoutée avec plaisir, car c'est exactement le genre de demande qui me fait aimer mon métier.
Du Bauhaus à la page blanche : dessiner une bague géométrique
Nous avons parlé longtemps de ses inspirations. Elle a évoqué Le Corbusier, la Villa Savoye, les lignes tendues des immeubles de Mies van der Rohe. Elle aime la pureté des rectangles, la précision des angles, le rythme des répétitions. L'art déco l'attire aussi, pour ses formes géométriques structurées. Je prenais des notes, et peu à peu, la bague géométrique sur mesure s'est dessinée dans la conversation.
Restait la pierre centrale. Elle la voulait lumineuse mais discrète, transparente, aux angles nets. J'ai posé devant elle plusieurs aigues-marines de mon stock. L'une d'elles a retenu son regard presque aussitôt : une taille RPC de 10 par 8 mm, au bleu limpide, presque cristallin. Sa forme rectangulaire aux angles adoucis évoquait déjà l'architecture qu'elle aime.
J'ai alors sorti mon carnet et tracé plusieurs croquis. Le modèle retenu place l'aigue-marine en serti clos, au centre d'un plateau surélevé bordé de lignes rythmées. Sur les épaulements, des strates parallèles en or blanc rappellent les étages d'un immeuble moderniste. Elle a validé le projet.
Aigue-marine RPC et or blanc 18 carats : le choix des matériaux
Avant de toucher au métal, je prends toujours le temps de parler des matières, car elles décident de tout.
L'aigue-marine appartient à la famille des béryls, comme l'émeraude, la morganite ou l'héliodore. Son nom vient du latin aqua marina, « eau de mer ». C'est un silicate d'aluminium et de béryllium, d'une dureté de 7,5 à 8 sur l'échelle de Mohs, ce qui la rend tout à fait adaptée à un bijou porté au quotidien. Sa couleur vient de traces de fer logées dans le cristal, et ses nuances vont du bleu très pâle au bleu-vert profond. Les pierres de Santa Maria, au Brésil, sont réputées pour leur bleu intense, et le Pakistan, la Russie ou Madagascar fournissent aussi de belles gemmes.
Elle a une autre particularité qui me touche : elle est dichroïque. Selon l'angle d'observation, sa teinte varie subtilement, comme la mer sous des lumières changeantes.
Pourquoi la taille RPC
La taille rectangle à pans coupés, dite RPC, dérive de la taille émeraude. Elle a été pensée pour les pierres transparentes et pures. Ses grandes facettes ne cherchent pas à multiplier les feux : elles révèlent la profondeur et la limpidité de la gemme. Les angles adoucis, eux, protègent la pierre des éclats. La proportion allongée de cette pierre s'accordait parfaitement à l'esthétique de ma cliente.
Pourquoi l'or blanc
Pour le métal, j'ai choisi l'or blanc 18 carats, un alliage de 75 % d'or pur enrichi de palladium. Sa blancheur froide, avivée par un bain de rhodium final, dialogue avec la fraîcheur bleutée de l'aigue-marine. Pour une composition aussi graphique, je ne voyais pas de meilleur partenaire.
Une fabrication à la main dans mon atelier près de Nantes
Tout a été réalisé sur place, dans mon atelier, à la main. J'ai commencé par fondre l'or blanc en lingot, porté à environ 1 064 °C, sa température de fusion, puis purifié et coulé. Le lingot a ensuite été laminé en plaque et étiré au banc pour obtenir les sections nécessaires aux différents éléments.
Le corps de la bague a été découpé à la scie bocfil, cintré au triboulet pour épouser exactement le tour de doigt, puis brasé en un anneau confortable. J'ai porté une attention particulière aux surfaces plates du jonc, qui prolongent visuellement les lignes du plateau.
Le plateau supérieur a été construit à part. J'ai découpé sa silhouette rectangulaire aux angles adoucis, puis façonné le serti clos en cintrant une fine bande d'or au périmètre exact de la pierre. Cette technique protège au mieux les pans coupés de la gemme.
Vient ensuite l'étape qui donne son caractère à la bague : les lignes géométriques. Dans de fines plaquettes d'or blanc, j'ai découpé des strates parallèles pour border le plateau et rythmer les épaulements. Chacune a été ajustée à la lime aiguille, puis positionnée au millimètre. Ce travail demande une concentration totale, car la moindre asymétrie ruinerait l'harmonie du dessin. Les strates ont été brasées à la flamme, dans un ordre mûrement réfléchi, avec une chauffe maîtrisée pour qu'aucune ligne ne se déforme.
Le sertissage et la finition
Le sertissage est un moment de silence à l'atelier. L'aigue-marine a été délicatement placée dans son serti clos, puis la bande d'or a été rabattue sur le feuilleti de la pierre à l'aide de mon onglette, avec une pression douce et progressive. Malgré sa dureté, cette gemme reste sensible aux chocs latéraux, et je ne me permets aucune hâte.
La bague a enfin été poncée, reprise à la lime aiguille pour affiner chaque arête, puis polie au feutre et au coton. Pour terminer, elle a reçu son bain de rhodium, qui lui donne cet éclat blanc miroir.
Le jour où elle a passé sa bague
Lorsque ma cliente a glissé la bague à son doigt pour la première fois, elle a tout de suite reconnu son univers. Cette création, devenue son manifeste au doigt, parlait de ses admirations, de ses lignes et de son regard d'architecte. C'est la plus belle des récompenses pour moi.
Si vous rêvez à votre tour d'une bague pensée pour vous, que vous ayez un dessin précis ou seulement une envie, poussez la porte de mon atelier à Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes. Nous prendrons le temps d'en parler ensemble.





