Publié le par Olivier Maupas-Sehikyan · Chevalières



Il est entré dans mon atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire, au sud de Nantes, une simple pochette à la main. Il l'a vidée sur l'établi, sans cérémonie : une gourmette usée, une chaîne cassée, une bague qu'il ne portait plus. Le tout en or jaune 18 carats. Des pièces héritées ou accumulées au fil du temps, qui dormaient dans un tiroir comme une petite réserve oubliée.
Sa demande, elle, était limpide. Il voulait une chevalière homme sur mesure, puissante, classique dans l'esprit, avec une pierre bleue au centre. Le bleu, m'a-t-il expliqué, c'est sa couleur depuis toujours. Il imaginait une bague à porter tous les jours, qui marquerait un cap personnel de sa vie. Pas un bijou de vitrine : une pièce à lui.
Une chevalière à pierre bleue, mais à budget maîtrisé
Restait la question du budget, et il l'a posée avec franchise. Il ne souhaitait pas investir une somme importante dans une pierre. Son premier rêve, un saphir bleu naturel de belle qualité, aurait dépassé son enveloppe dès les premiers carats.
C'est dans ces moments-là que mon métier de joaillier créateur prend tout son sens. Je ne voulais ni le pousser vers une pierre hors de portée, ni lui proposer une bague au rabais. Je lui ai donc parlé de l'oxyde bleu, aussi appelé zircone cubique bleue : une pierre synthétique, née en laboratoire, qui rend très bien l'éclat d'un saphir pour une fraction du prix.
Nous avons longuement discuté. Je lui ai dit les choses telles qu'elles sont : cette pierre n'est pas naturelle. Mais elle a de vrais atouts, une brillance vive, une dureté élevée, une grande disponibilité, un prix accessible. Il a aimé cette franchise et a validé son choix presque aussitôt. Ce qui comptait pour lui, ce n'était pas de porter une gemme rare, c'était d'avoir une chevalière belle, robuste et personnelle.
Ce qu'il faut savoir sur l'oxyde bleu
Un mot sur cette pierre, parce qu'on la confond souvent. L'oxyde bleu n'a rien à voir avec le zircon, qui est un minéral naturel authentique (il existe aussi en bleu). Deux matériaux distincts, même si leurs noms se ressemblent.
La zircone cubique, du dioxyde de zirconium (ZrO₂), a été mise au point dans les années 1970 par des chercheurs soviétiques, d'abord pour imiter le diamant à faible coût. Sa version bleue s'obtient en ajoutant des traces de cobalt ou d'autres oxydes métalliques pendant la cristallisation. Sa dureté, de 8 à 8,5 sur l'échelle de Mohs, la rend tout à fait adaptée à un port quotidien : elle résiste bien aux rayures et aux petits chocs. Quant à son indice de réfraction élevé et à sa forte dispersion, ils lui donnent un feu que l'on remarque tout de suite.
Pour moi, une pierre synthétique bien choisie, dans une monture soignée, peut composer un très beau bijou, à une condition : qu'elle soit présentée pour ce qu'elle est. Cette transparence, je ne la négocie jamais. La vraie valeur de cette bague, c'est l'or, ce métal composé de 75 % d'or pur, allié de cuivre et d'argent, et le travail des mains qui l'ont façonné.
Dessin et fabrication à l'atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire
J'ai sorti mon carnet et tracé plusieurs croquis. Le modèle retenu portait un plateau supérieur avec, au centre, l'oxyde bleu rond serti à griffes, entouré d'un décor sculpté en rosette hexagonale. Sur les épaulements, des rainures ciselées en escalier venaient donner du rythme à l'ensemble. Le projet a été validé sur place.
De la pochette au lingot
Tout a ensuite été fait dans mon atelier de joaillerie. J'ai d'abord pesé et contrôlé chaque ancien bijou, puis je l'ai fondu, à environ 1 064 °C, la température de fusion de l'or. Le métal a été purifié au borax et coulé en lingot propre. Voir une gourmette fatiguée et une chaîne brisée redevenir une matière neuve, brillante, prête à servir, me touche toujours.
Le lingot a été laminé en plaque épaisse, puis étiré au banc pour obtenir les sections voulues. Le plateau ovale a été découpé à la scie bocfil. Le jonc, lui, a été façonné à part, à partir d'un fil d'or épais, cintré au triboulet puis brasé au plateau.
La rosette, les rainures et les griffes
Vient alors l'étape que je préfère : le décor. Au ciselet et au marteau, j'ai tracé à la main le motif floral autour de l'emplacement central. Chaque pétale a été creusé peu à peu, puis repris à la lime aiguille pour obtenir le relief juste. Les rainures des épaulements ont été incisées avec la même rigueur, selon un rythme régulier. Ce travail réclame une concentration totale : une erreur d'un dixième de millimètre suffirait à rompre la symétrie.
La monture centrale a ensuite été construite en serti à griffes. Chaque griffe, taillée dans un fil d'or, a été ajustée à la lime pour épouser le pourtour de la pierre. L'oxyde bleu a été déposé dans son écrin, puis les griffes rabattues à l'onglette. Grâce à sa dureté, le sertissage s'est fait avec confiance, et la pierre est tenue solidement.
Restait le finissage : ponçage, limage pour révéler chaque relief, puis polissage à la feutre et au coton. C'est à ce moment que l'or jaune a pris sa chaleur et que le bleu a vraiment répondu à la lumière.
La remise de la chevalière
Quand il a glissé la chevalière à son doigt, il y a eu un court silence. Il tournait la main, laissait la pierre attraper le jour. Il ne portait pas seulement un bijou : il portait la preuve qu'une belle création reste possible avec un budget maîtrisé, quand on choisit ses matériaux en toute clarté. Et son propre or, celui d'avant, avait trouvé une seconde vie.
Si vous avez, vous aussi, des bijoux oubliés dans un tiroir ou l'envie d'une chevalière homme or jaune qui vous ressemble, venez en parler à l'atelier, à Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes. Nous prendrons le temps de regarder ce que vous avez, de parler de vos envies et de votre budget, et d'imaginer ensemble votre prochaine pièce.





