Publié le par Olivier Maupas-Sehikyan · Colliers



Certaines pierres n'ont pas besoin d'en faire beaucoup pour qu'on les regarde. Les opales de cette cliente en font partie. Un jour, elle a poussé la porte de mon atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes, en serrant contre elle un petit écrin de velours bleu. Ce que j'y ai découvert a donné naissance à un collier opale or jaune 18 carats, accompagné de boucles d'oreilles assorties. Je vous raconte comment tout cela s'est construit, de la première conversation jusqu'au dernier coup de polissoir.
Trois opales en poire, un héritage et une envie précise
Dans l'écrin, il y avait trois opales taillées en poire, sans aucune monture. Elles venaient de sa grand-mère, rapportées d'un voyage en Australie il y a plusieurs décennies, et dormaient là depuis des années. Ma cliente me les a tendues avec précaution, comme on confie quelque chose de fragile, et pas seulement à cause de la pierre.
Sa demande était claire. Pas un seul bijou, mais une parure d'opales sur mesure : un pendentif à porter au quotidien et une paire de boucles d'oreilles pendantes pour les grandes occasions, le tout dans une même harmonie. Nous avons longuement parlé du style. L'opale est une pierre vivante, pleine de reflets : la monture devait donc s'effacer pour lui laisser la vedette. Nous avons retenu des lignes épurées, en or jaune 18 carats, dont la chaleur répond aux teintes bleutées et flamboyantes des gemmes.
J'ai sorti mon carnet et dessiné plusieurs croquis. Le modèle retenu présente une opale en poire en serti clos, suspendue à une fine bélière d'or jaune et portée par une chaîne forçat diamantée, dont les facettes captent la lumière avec retenue. Les boucles d'oreilles reprendraient le même principe, avec deux opales identiques. Le projet était validé.
Pourquoi l'opale appelle l'or jaune 18 carats et le serti clos
Avant de toucher au métal, je prends toujours le temps de parler de la pierre, car c'est elle qui dicte tout. L'opale est une silice hydratée. Son nom vient du sanskrit upala, « pierre précieuse », et elle peut contenir jusqu'à 21 % d'eau. Cette particularité fait son éclat unique, mais aussi sa fragilité.
Son jeu de couleurs naît de microsphères de silice qui diffractent la lumière : du bleu, du vert, du rouge, de l'orange semblent danser au moindre mouvement. Plus les sphères sont régulières, plus le spectre est riche. L'Australie fournit environ 75 % des gemmes extraites dans le monde. Lightning Ridge est célèbre pour ses opales noires, les plus rares, et Coober Pedy pour ses opales blanches, plus accessibles mais tout aussi captivantes. L'Éthiopie, le Mexique et le Brésil complètent la carte des gisements.
Avec une dureté de 5,5 à 6,5 sur l'échelle de Mohs, l'opale craint les chocs, les écarts brusques de température et les produits chimiques. D'où mon choix du serti clos pour une opale : une fine bande de métal enveloppe la pierre et la protège. Quant à l'or jaune 18 carats, il contient 75 % d'or pur, additionné de cuivre et d'argent qui lui donnent sa teinte chaude. Cette chaleur fait ressortir les flashs orangés et rouges des opales, comme une braise qui reprend sous la cendre.
De la loupe au polissage : un bijou sur mesure fabriqué à l'atelier
Tout a été réalisé ici, à mon établi, sans intermédiaire. J'ai d'abord examiné chaque opale à la loupe x10 : forme, dimensions, jeu de couleurs, intégrité de la surface. Les deux pierres les mieux assorties ont été réservées aux boucles d'oreilles. La troisième, la plus spectaculaire, est devenue le cœur du pendentif.
Est venu le temps de l'or. Je l'ai fondu, purifié et coulé en lingot, puis laminé en plaque et étiré au banc pour obtenir les fils nécessaires. Pour chaque monture, j'ai découpé à la scie bocfil une fine bande d'or, exactement aux dimensions de la pierre. Elle a été cintrée à la pince autour d'un gabarit en forme de poire, puis brasée. Une plaque de fond, brasée à la flamme avec beaucoup de précision, soutient l'opale par-dessous.
Les bélières ont suivi, façonnées une à une à partir d'un fil d'or rond cintré sur un mandrin, puis brasé. J'ai apporté le même soin aux crochets des boucles d'oreilles : fins, légers, parfaitement équilibrés, pour qu'on les oublie une fois portés.
Le sertissage, geste le plus délicat
Chaque opale a été déposée dans son berceau d'or. À l'aide de mon onglette, j'ai rabattu la bande sur le feuilleti de la pierre, en exerçant une pression douce et progressive. Une brusquerie, et une fissure invisible aurait pu s'installer pour toujours. Je ne le cache pas : je retiens mon souffle à chaque pierre.
La chaîne forçat diamantée
Reste la chaîne. La maille forçat est ancienne, et son nom rappelle les convois de prisonniers reliés autrefois par des chaînes semblables. Dans sa version diamantée, les maillons sont facettés à la lime, ce qui leur donne un scintillement discret. Je l'ai assemblée au pendentif, puis ajustée à la longueur souhaitée par ma cliente. La parure a enfin été polie au feutre et au coton, jusqu'à ce que l'or jaune et le jeu de couleurs des opales apparaissent pleinement.
Le jour où les opales ont retrouvé la lumière
Quand ma cliente a découvert l'ensemble, son émotion m'a confirmé une chose que je crois depuis longtemps : un bijou sur mesure est avant tout un acte de transmission. Les pierres de sa grand-mère ne dormaient plus dans le velours bleu. Elles allaient vivre avec elle, au quotidien comme les soirs de fête, et continuer leur histoire autrement.
Si vous aussi gardez au fond d'un tiroir des opales, ou toute autre pierre chargée de souvenirs, venez m'en parler à l'atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes. Nous regarderons les pierres ensemble, sans hâte, et nous verrons quel bijou elles ont envie de devenir.





