Publié le par Olivier Maupas-Sehikyan · Bagues



Une chemise cartonnée et un projet pour des noces d'argent
Un matin, un homme a poussé la porte de mon atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes, une chemise cartonnée sous le bras. Il l'a ouverte devant moi avec précaution. À l'intérieur : quelques bijoux anciens en or jaune, une chaîne cassée, une bague de famille passée de mode. Il venait de les retrouver au fond d'un tiroir oublié.
Son idée tenait en une phrase. Son épouse allait fêter leurs noces d'argent, vingt-cinq ans de mariage, et il voulait lui offrir un bijou qu'elle n'oublierait jamais. Pas un bijou choisi en vitrine, mais une bague sur mesure dessinée pour elle, née de ces objets qu'il gardait depuis des années. Pour la pierre centrale, il attendait mon conseil.
Ce genre de demande me touche toujours. Transformer un tiroir oublié en bijou, c'est donner une suite à des objets qui avaient perdu leur place. Je les ai posés sur l'établi, un à un, pour voir ce que chacun pouvait offrir : de l'or à refondre, des diamants à réutiliser.
Nous avons ensuite longuement parlé d'elle. Elle aime l'élégance discrète, les lignes classiques mais bien construites. Le solitaire qui s'affiche ne lui ressemble pas : elle préfère la justesse d'un beau détail. Et le bleu est sa couleur, celle de ses yeux, celle du chemisier qu'elle porte si souvent. En l'écoutant, j'avais déjà l'impression de la connaître un peu.
Le saphir de Ceylan taille RPC, choisi pour sa profondeur
J'ai alors sorti de ma collection un saphir de Ceylan taille RPC (rectangle à pans coupés), d'un bleu velouté et profond. Mon client a été séduit tout de suite. Cette taille rectangulaire aux angles adoucis rappelle l'Art déco, avec une sobriété qui correspondait exactement à ce qu'il cherchait.
Quelques mots sur cette pierre, parce qu'elle compte. Le saphir de Ceylan vient du Sri Lanka, l'ancienne Ceylan. C'est un corindon, d'une dureté de 9 sur l'échelle de Mohs : seul le diamant lui résiste mieux. Son bleu doit beaucoup à des traces de fer et de titane présentes dans sa structure cristalline, avec parfois une nuance de violet. On le dit symbole de fidélité et de sagesse, et l'on se souvient que Lady Diana en avait fait sa bague de fiançailles, transmise plus tard à Kate Middleton. Pour vingt-cinq ans de vie commune, difficile de rêver mieux.
La taille RPC, proche de la taille émeraude, joue sur de grandes facettes rectangulaires disposées en degrés parallèles. Elle révèle la profondeur d'une pierre transparente. Ses pans coupés, eux, protègent les angles des chocs, ce que la taille émeraude pure ne permet pas toujours.
J'ai pris mon carnet et tracé plusieurs croquis. Nous avons retenu le saphir en serti clos au centre, entouré d'un pavage de diamants géométrique. Sur les épaulements, un corps ouvert et ajouré allège l'ensemble et laisse entrer la lumière. Le dessin a été validé.
De l'ancien or à la bague en or jaune 18 carats : le travail à l'atelier
Tout a été fait ici, à la main, sans intermédiaire. Les diamants du pavage viennent eux aussi des bijoux anciens : chacun a été trié à la loupe x10, selon sa pureté, sa couleur et son calibre, pour s'inscrire dans le rythme du halo.
Quant à l'or jaune 18 carats, cet alliage de 75 % d'or pur complété de cuivre et d'argent, il apporte sa chaleur au bleu du saphir. L'association rappelle les bijoux royaux victoriens, tout en restant très actuelle.
La fonte de l'or et la construction du corps ouvert
J'ai d'abord fondu l'or récupéré sur les anciens bijoux. Porté à 1 064 °C, sa température de fusion, le métal a été purifié puis coulé en lingot. Je l'ai laminé en plaque, puis étiré au banc pour obtenir les sections voulues. Le corps de la bague a ensuite été découpé à la scie bocfil, cintré au triboulet pour épouser le tour de doigt de son épouse, puis brasé en anneau. J'ai gardé un jonc fin, fidèle à son goût de la discrétion.
Le plateau central a été construit à part, avec sa structure ajourée entre le serti et les épaulements. Ce travail demande de la rigueur : chaque ligne, chaque angle est calculé au dixième de millimètre. Pour la monture du saphir, j'ai cintré une fine bande d'or au périmètre exact de la pierre, pans coupés compris.
Le sertissage et le polissage
Les emplacements des diamants ont été creusés à la fraise conique. Puis est venu le moment du sertissage. Le saphir a été placé dans son serti clos, et la bande d'or rabattue sur son feuilleti à l'onglette, avec une pression progressive. Les diamants ont suivi en serti grains, à l'échoppe et au perloir, dans un rythme régulier autour de la pierre centrale.
Enfin, la bague a été poncée, limée, puis polie au feutre et au coton, jusqu'à ce que l'or jaune retrouve tout son éclat et que le saphir dévoile sa profondeur.
La remise de la bague : une émotion qui parle d'elle-même
Quelques semaines plus tard, mon client est revenu chercher la bague. Son émotion parlait pour lui. Dans cet anneau, il y avait l'or de ses vieux bijoux, leurs diamants, vingt-cinq ans d'histoire. Offerte à son épouse pour leurs noces d'argent, cette bague portera désormais le récit de leur vie commune.
C'est pour ces moments que j'aime mon métier : un bijou n'est vraiment achevé que lorsqu'il rejoint la personne qui le portera.
Si vous aussi voulez offrir un bijou personnalisé à quelqu'un qui compte, ou donner une seconde vie à des bijoux de famille, poussez la porte de mon atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire. Nous en parlerons simplement, autour d'un carnet et de quelques croquis.





