Publié le par Olivier Maupas-Sehikyan · Bagues



Il y a des projets qui me font sourire dès le premier échange, parce que je sens qu'ils vont sortir de l'ordinaire. Celui-ci en fait partie. Dans mon atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes, j'ai créé une bague or jaune tanzanite sur mesure à partir des bijoux anciens d'une cliente, avec une pierre que je lui ai proposée dans mon stock. Je vous raconte comment tout cela s'est passé.
Un coffret en cuir et l'envie d'une bague sculpturale
Tout a commencé un après-midi, quand ma cliente a poussé la porte de l'atelier, un coffret en cuir serré contre elle. Elle l'a ouvert devant moi avec une certaine pudeur. À l'intérieur : deux bagues en or jaune passées de mode, une chaîne cassée et quelques petits diamants gardés au fil des années. Plus personne ne portait ces pièces, mais elle ne se résolvait pas à s'en séparer.
Puis elle m'a expliqué pourquoi elle était là. Elle venait de réussir une reconversion professionnelle, une nouvelle vie commençait, et elle voulait marquer ce tournant. Pas avec un bijou discret, pas avec quelque chose de sage. Elle cherchait une bague sculpturale, capable d'affirmer d'un seul regard la femme qu'elle était devenue.
Nous avons longuement parlé de ses goûts. Elle se passionne pour l'architecture contemporaine, pour les lignes pures et les volumes graphiques. Ce qu'elle attendait d'une bague, c'était de la structure, de l'audace, du caractère. Cela tombait bien : la joaillerie contemporaine de 2026 va précisément vers ces pièces affirmées, qui deviennent le centre de gravité d'une tenue.
Choisir la tanzanite : un contraste que l'on n'attendait pas
Restait la pierre centrale. Ma cliente hésitait. Elle voulait une gemme qui la surprenne, pas un choix attendu. Je suis alors allé chercher dans ma collection personnelle une tanzanite ronde, aux nuances bleu-violet profondes. Elle a été conquise tout de suite. Posée près de l'or jaune, la pierre créait un contraste franc, loin des associations habituelles, et le projet a été validé sur-le-champ.
Cette gemme a une histoire que j'aime raconter. Un berger massaï l'a découverte en 1967 au pied du Kilimandjaro, et la maison Tiffany & Co. lui a donné son nom commercial en 1968, en hommage à la Tanzanie. On ne la trouve que dans une zone minuscule, d'environ 20 km², au nord du pays. Certains experts estiment même que le gisement pourrait s'épuiser en une génération. Pour célébrer un moment fort d'une vie, cette rareté prend un vrai sens.
La tanzanite possède aussi un trichroïsme : selon l'angle et la lumière, elle laisse voir du bleu, du violet, parfois de l'indigo. Elle bouge littéralement sous les yeux. En revanche, avec une dureté de 6,5 sur l'échelle de Mohs, elle craint les chocs. Je savais donc que son sertissage devrait la protéger avant tout, et le serti clos s'est imposé : une fine bande de métal enveloppe la pierre sur tout son pourtour.
Quant à l'or jaune 18 carats, un alliage de 75 % d'or pur, de cuivre et d'argent, il apporte la chaleur qui répond au bleu-violet de la gemme. Jaune contre violet : deux couleurs complémentaires, qui se renforcent l'une l'autre.
Du croquis à l'établi : la transformation de bijoux anciens
J'ai sorti mon carnet et dessiné plusieurs croquis. Le modèle retenu place la tanzanite au centre, en serti clos, entre deux bandes parallèles légèrement décalées qui forment un corps de bague ouvert. Aux deux extrémités, un pavage géométrique de diamants vient rythmer l'ensemble.
Cette transformation de bijoux anciens a commencé par la fonte. J'ai fait fondre l'or jaune 18 carats des deux vieilles bagues et de la chaîne, puis je l'ai purifié et coulé en lingot. Ce lingot a ensuite été laminé en plaque, puis étiré au banc pour obtenir les sections dont j'avais besoin. Retrouver cet or de famille sous une forme neuve, c'est toujours un moment particulier à l'établi.
Deux bandes, un équilibre
Le corps de bague ouvert a demandé beaucoup d'attention. Contrairement à un jonc plein, il se compose de deux bandes façonnées séparément dans une même plaque, à l'épaisseur voulue. Chacune a été découpée à la scie bocfil, puis cintrée pour épouser la courbure du doigt. Je les ai ensuite assemblées de façon asymétrique, l'une un peu en retrait de l'autre, et brasées avec précision. C'est ce décalage qui donne à la bague son allure d'architecture.
Le sertissage de la tanzanite et des diamants
Au centre, j'ai construit la monture à partir d'une fine bande d'or cintrée à la pince, exactement au diamètre de la pierre. Aux extrémités, les logements des diamants ont été creusés à la fraise conique, sans marge d'erreur, car dans une géométrie aussi nette, chaque pierre doit avoir sa place exacte. Les petits diamants récupérés sur les anciens bijoux avaient été triés à la loupe x10, selon leur pureté, leur couleur et leur calibrage.
Est venu le moment le plus délicat. La tanzanite a été posée dans son serti clos, puis la bande d'or a été rabattue sur la pierre à l'onglette, avec une pression douce et progressive. Une brusquerie aurait pu la fissurer, alors je n'ai rien précipité. Les diamants ont ensuite été fixés en serti grains, à l'échoppe et au perloir. Pour finir, la bague a été poncée, limée, puis polie à la feutre et au coton, jusqu'à ce que l'or jaune retrouve toute sa lumière face au bleu-violet de la pierre.
La remise de la bague : un sourire qui dit tout
Quand ma cliente est revenue, je lui ai présenté la bague sans un mot. Elle l'a prise, l'a observée sous la lumière en tournant la main, puis l'a glissée au doigt. Son sourire m'a tout dit. Ce n'était plus un simple accessoire : c'était la signature visuelle de sa nouvelle vie, façonnée avec l'or et les diamants de son passé.
Voilà ce que j'aime dans mon métier de joaillier à Saint-Sébastien-sur-Loire : transformer ce qui dormait dans un coffret en une pièce qui raconte quelque chose de neuf. Si vous gardez vous aussi des bijoux qui ne vous ressemblent plus, ou si une pierre vous fait rêver, venez en parler à l'atelier. Nous prendrons le temps d'en discuter, simplement, autour d'un carnet et de quelques croquis.





