Publié le par Olivier Maupas-Sehikyan · Bagues



Certaines bagues naissent d'un coup de cœur devant une vitrine. D'autres, comme cette bague péridot or blanc 18 carats, naissent d'une petite pochette posée sur mon établi. Chaque pièce qui sort de mon atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes, a son histoire. Celle-ci tient à un projet partagé : donner une seconde vie à des bijoux qu'on ne portait plus.
Une pochette discrète et l'envie de transformer d'anciens bijoux
Tout a commencé quand une cliente a poussé la porte de ma boutique, une pochette toute simple à la main. Elle l'a ouverte devant moi avec une certaine pudeur : des chaînes cassées, une bague passée de mode, des boucles d'oreilles dépareillées. Tout était en or blanc, hérité ou délaissé au fil du temps.
Ces objets ne servaient plus, et pourtant elle n'avait jamais pu s'en séparer. Je comprends ce sentiment, je le rencontre souvent. Son souhait était limpide : transformer d'anciens bijoux en une pièce unique, lumineuse, qui lui ressemble. Un anniversaire personnel approchait, et elle voulait l'accompagner d'une bague à son image.
Nous avons longuement parlé de ses goûts et de son quotidien, puis parcouru mes vitrines ensemble. Topaze, aigue-marine, saphir vert : plusieurs gemmes ont été observées à la lumière. Mais c'est un péridot ovale de 10/8 mm qui a retenu son regard, presque aussitôt. Son vert tirant sur le jaune l'a enchantée. Issu de ma sélection personnelle, il a fait l'unanimité entre nous.
Au crayon, j'ai dessiné devant elle une monture ovale soulignée par un anneau dédoublé. Les lignes sont restées épurées, contemporaines, pour laisser la pierre parler. Le dessin a été validé d'un commun accord, et ce projet de bague sur mesure à Nantes a pu commencer.
Le péridot, pierre du soleil venue des profondeurs
Avant de toucher au métal, laissez-moi vous parler de cette gemme, car elle le mérite. Le péridot est la variété gemme de l'olivine, un silicate de magnésium et de fer. C'est le fer qui lui donne sa couleur, du vert tendre au vert olive. Il fait partie des rares pierres précieuses à ne présenter qu'une seule teinte.
Son origine est plus étonnante encore. Là où la plupart des minéraux se forment près de la surface, le péridot naît dans le manteau terrestre, entre 20 et 55 kilomètres de profondeur. L'activité volcanique le ramène ensuite à la lumière. On en trouve même dans certaines météorites, les pallasites : certains péridots viennent donc d'ailleurs que de notre planète.
Dans l'Antiquité, il était extrait sur l'île égyptienne de Zabargad, en mer Rouge. Les pharaons l'appelaient « pierre du soleil ». Il est aujourd'hui la pierre de naissance du mois d'août et symbolise les 16 ans de mariage.
Une pierre lumineuse qui demande des égards
Sa dureté se situe entre 6,5 et 7 sur l'échelle de Mohs : solide, mais sensible aux chocs. Un péridot ovale serti griffes lui convient bien, car les griffes laissent passer un maximum de lumière sous la gemme et accentuent sa brillance. J'ai contrôlé cet ovale à la loupe x10 : pureté, couleur, calibrage. Cette vérification garantit un montage parfaitement ajusté.
Une bague façonnée à la main, sans fonte à cire perdue
Place à l'établi. J'ai choisi la voie traditionnelle : aucun moule, aucune impression 3D, aucune fonte à cire perdue. Du métal, mes outils, et des gestes transmis de génération en génération.
J'ai d'abord fait fondre l'or blanc 18 carats récupéré sur les anciens bijoux de ma cliente. Porté à environ 1 064 °C, le métal a été purifié, puis coulé en lingot. Ce lingot a ensuite été laminé en plaque et étiré au banc pour obtenir un fil de section adaptée. Cet or avait déjà une histoire, et je l'ai travaillé avec cette idée en tête.
Pour l'anneau, j'ai découpé une bande à la scie bocfil, puis je l'ai cintrée au maillet sur un triboulet en acier. Les extrémités ont été ajustées, puis soudées à la flamme avec une brasure d'or 18 carats. L'épaulement dédoublé, qui donne à la bague sa signature, est un fil rapporté, aligné avec soin puis brasé.
La monture ovale est partie d'un fil rond bombé, courbé à la pince et soudé pour former le berceau. J'y ai ajouté les quatre griffes une à une, alignées sur les axes du péridot. Un travail patient : un demi-millimètre de travers, et l'équilibre de la pierre serait perdu.
Serti griffes, polissage et rhodiage : les derniers gestes
Vient le moment que je préfère, et que je redoute un peu. La pierre a été déposée dans son logement, puis, à l'aide de mon onglette, j'ai rabattu chaque griffe sur le feuilleti du péridot sans jamais le fragiliser. Les pointes ont ensuite été boulées à la fraise cloche : le fini est net, agréable au toucher, sans rien qui accroche.
La bague a été poncée, limée, puis polie au feutre et au coton. Pour finir, elle a reçu un bain de rhodium. Cette fine couche de métal précieux blanc rehausse l'éclat de l'or blanc 18 carats et protège durablement la surface. Sur ce fond clair, le vert du péridot ressort avec une vraie franchise.
Ma cliente est repartie avec une bague unique, née de ses anciens bijoux et d'une pierre choisie à deux. Ce qui me touche dans ce genre de commande, c'est que rien n'est perdu : l'or d'hier devient la lumière d'aujourd'hui, et un anniversaire trouve son bijou.
Et si vos bijoux dormaient aussi dans un tiroir ?
Vous avez peut-être, vous aussi, une chaîne cassée, une bague qui ne vous plaît plus, des boucles orphelines. Venez me les montrer à l'atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes. Nous en parlerons simplement, et nous verrons ensemble ce qu'ils pourraient devenir.





