Publié le par Olivier Maupas-Sehikyan · Bagues



Il y a des clientes qui arrivent avec une idée, et d'autres avec une mémoire. Un jour, l'une d'elles a poussé la porte de mon atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes, en serrant contre elle un petit écrin de cuir patiné. Je ne savais pas encore que j'allais y trouver le point de départ d'une de mes plus belles bagues saphir de Ceylan sur mesure.
Un écrin de cuir et des bijoux qu'on n'ose plus porter
Elle a ouvert l'écrin sur mon établi. À l'intérieur, plusieurs bijoux anciens en or blanc 18 carats : une bague de famille passée de mode, une chaîne cassée, quelques diamants mis de côté au fil des années. Et puis, posé un peu à part, un saphir de Ceylan de forme ovale, que lui avait transmis sa mère.
Sa demande était nette. Elle ne voulait plus que ces objets dorment au fond d'un tiroir. Elle souhaitait leur offrir une seconde vie, dans un bijou moderne, lumineux, qui lui ressemblerait. Un anniversaire de mariage approchait, et elle tenait à le célébrer avec une pièce qui porte à la fois son histoire et la sienne.
Nous avons parlé longtemps. De ses goûts, de sa façon de s'habiller, des bijoux qu'elle porte vraiment au quotidien. Dans ces moments-là, j'écoute autant que je regarde. Car transformer des bijoux anciens demande d'abord de comprendre ce que chaque pièce représente avant de décider ce qu'on en garde.
Le dessin : une couronne flottante autour du saphir
J'ai ouvert mon carnet et tracé plusieurs propositions. L'une d'elles a retenu toute son attention : un corps de bague ouvert en or blanc 18 carats, surmonté d'une couronne comme suspendue, entièrement pavée de diamants, qui encadre le saphir central à la manière d'un écrin de lumière. Une légère asymétrie dans le tracé donne du caractère à l'ensemble et évite l'effet trop sage.
Le dessin a été validé d'un commun accord. Restait à tenir cette promesse avec le métal et les pierres.
Saphir de Ceylan et diamants : choisir les pierres avec soin
Avant de commencer, je prends toujours le temps de regarder les gemmes en face. Le saphir de Ceylan vient du Sri Lanka, que l'on appelait autrefois Ceylan. C'est un corindon, d'une dureté de 9 sur l'échelle de Mohs, juste derrière le diamant : une pierre faite pour être portée tous les jours. Son bleu velouté, parfois nuancé de violet, tient à de minuscules traces de fer et de titane dans son cristal.
On associe le saphir à la 45ᵉ année de mariage, ce qui donnait à ce projet une résonance particulière. Et l'on se souvient qu'il a longtemps séduit les cours royales d'Europe : la bague de fiançailles de Lady Diana, plus tard portée par Kate Middleton, en est l'exemple le plus connu.
J'ai examiné le saphir de la cliente à la loupe x10 : couleur, pureté, taille, brillance. Sa transparence et son bleu intense étaient là, intacts. Il n'avait besoin de rien, sinon d'un bel écrin.
Les diamants récupérés sur les anciens bijoux ont été triés un par un. Ceux qui convenaient au pavage ont été conservés. Pour les autres, j'ai puisé dans mon stock des pierres complémentaires, choisies pour que les couleurs, les puretés et les calibres s'accordent parfaitement. Un pavage en serti grains ne pardonne aucune différence : les petites pierres sont fixées très près les unes des autres, et c'est l'harmonie de l'ensemble qui crée cette surface scintillante, continue, presque liquide.
Une bague en or blanc façonnée entièrement à la main
J'ai choisi de réaliser cette bague sans recourir à la moindre coulée mécanique. C'est plus long, mais c'est ma façon de faire quand l'objet a une telle charge affective.
De l'ancien or au fil prêt à travailler
Tout a commencé par la fonte de l'or blanc des anciens bijoux. Le métal a été porté à fusion, purifié, puis coulé en lingot. Je l'ai ensuite laminé en plaque et étiré au banc pour obtenir les sections de fil dont j'avais besoin. Il y a quelque chose de bouleversant à voir la bague d'une famille redevenir une matière neuve, prête à raconter autre chose.
La monture, puis le sertissage
À la scie bocfil, j'ai découpé chaque élément : le corps de la bague, les deux branches de la partie ouverte, la couronne destinée au pavage. Chaque pièce a été ajustée à la lime, puis brasée à la flamme avec une soudure d'or blanc 18 carats compatible.
La monture assemblée, j'ai préparé les logements des diamants à la fraise conique. Cette étape réclame une précision millimétrique : un geste de trop et la pierre ne tient pas, ou bien il manque du métal pour former les grains.
Vient alors le moment que je préfère. À l'échoppe, je soulève de minuscules copeaux d'or autour de chaque diamant. Ils sont rabattus sur la pierre, puis arrondis au perloir pour former ces petites perles de métal qui font la signature du serti grains. Le saphir, lui, repose dans son berceau dédié, serti à griffes, afin que la lumière puisse entrer par en dessous et réveiller son bleu.
La bague a ensuite été poncée, limée, puis polie à la feutre et au coton. Un bain de rhodium lui a donné son blanc éclatant et durable.
La remise de la bague
Quand ma cliente est revenue à l'atelier, je l'ai laissée ouvrir l'écrin seule. Elle est restée silencieuse un long moment, puis elle a glissé la bague à son doigt. Le saphir ovale flottait au centre de sa couronne de diamants, et l'on reconnaissait, dans le bleu, celui qu'elle avait confié quelques semaines plus tôt. Ses yeux brillaient.
Cette bague n'est plus un assemblage de souvenirs rangés dans un tiroir. C'est un bijou que l'on porte, que l'on regarde, et qui continuera de se transmettre. Voilà ce que j'aime dans mon métier : donner une forme nouvelle à ce que l'on garde de plus cher.
Si vous aussi possédez des bijoux de famille que vous n'osez plus porter, ou une pierre qui attend son moment, venez en parler à l'atelier. Nous prendrons le temps de regarder ce que vous avez, de comprendre ce qu'ils racontent, et d'imaginer ensemble ce qu'ils pourraient devenir.





