Publié le par Olivier Maupas-Sehikyan · Bracelets



Il y a des rendez-vous qui commencent par un petit bruit : celui d'une boîte en bois que l'on pose sur l'établi. Ce jour-là, ma cliente l'a ouverte devant moi, et j'ai su que nous allions fabriquer quelque chose de singulier. Dans mon atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes, j'ai créé pour elle un bracelet or et argent sur mesure, né de ses propres bijoux. Je vous raconte comment.
Une boîte en bois et l'envie d'une seconde vie
Dans la boîte, plusieurs bijoux en or 18 carats : une chaîne usée, une bague abîmée, des boucles d'oreilles dépareillées. Des pièces accumulées au fil des années, qu'elle ne portait plus. Elles dormaient dans un tiroir depuis trop longtemps, et elle ne se résolvait ni à les oublier ni à les laisser ainsi.
Son souhait était net. Elle voulait transformer ses bijoux en or en un bracelet à porter chaque jour, plutôt qu'en bague ou en pendentif. Un bijou robuste, un peu sportif, qui s'accorde avec toutes ses tenues. Pas question, pourtant, de le réaliser entièrement en or : elle aime la fraîcheur de l'argent et sa lumière claire.
L'idée d'un bracelet bicolore s'est imposée presque d'elle-même. Nous avons parlé de ses goûts, des couleurs qu'elle porte, de ce qu'elle aime voir à son poignet. Longtemps, mêler deux métaux passait pour une faute de goût. Aujourd'hui, c'est une vraie signature de la joaillerie contemporaine, et le bracelet se marie ainsi aussi bien avec de l'or qu'avec de l'argent.
J'ai ouvert mon carnet et tracé plusieurs croquis. Le modèle retenu alterne des tubes en argent 925 et de petits cylindres striés en or jaune 18 carats, reliés par de fins anneaux ronds. Le fermoir mousqueton serait en or lui aussi, pour garder l'harmonie de l'ensemble. Elle a validé le dessin.
Or 18 carats et argent 925 : deux métaux, un dialogue
Avant de toucher au métal, je prends toujours le temps d'expliquer mes choix. L'or 18 carats est un alliage composé de 75 % d'or pur, complété par d'autres métaux, comme le cuivre et l'argent, qui déterminent sa teinte. J'ai retenu un or jaune, chaleureux et classique. Il fond autour de 1 064 °C, et sa résistance à l'usure convient parfaitement à un bijou porté tous les jours.
L'argent 925, aussi appelé argent sterling, contient 92,5 % d'argent pur et 7,5 % de cuivre. Il fond vers 960 °C. Son éclat clair, presque blanc bleuté, répond à la chaleur de l'or jaune. Quant au poinçon « 925 », il en garantit le titre.
Pourquoi ne pas avoir choisi un or gris ou un or blanc ? Pour deux raisons. D'abord, l'argent permettait d'économiser l'or précieux de ma cliente. Ensuite, il offre un vrai contraste de couleur : un or blanc rhodié, visuellement plus proche de l'or jaune, n'aurait pas produit le même effet graphique.
Du lingot au brasage : la fabrication à l'atelier
Redonner forme à l'or ancien
L'or récupéré sur les anciens bijoux a d'abord été fondu à 1 064 °C, purifié, puis coulé en lingot propre. Je l'ai ensuite laminé et étiré au banc pour obtenir le fil et le tube nécessaires aux éléments dorés. Voir ces objets fatigués redevenir un métal neuf, lumineux dans le creuset, est toujours un moment qui me touche.
Les petits cylindres ont été tournés un à un, puis creusés à la lime aiguille de fines rainures parallèles. Ce détail apporte du relief et accroche la lumière. Les tubes d'argent, eux, ont été découpés à la scie bocfil dans un tube préformé, légèrement cintrés pour épouser le poignet, puis soigneusement ébavurés.
Le brasage, l'étape la plus délicate
Marier l'or et l'argent par brasage exige une vraie maîtrise. L'argent fondant plus bas que l'or, le risque de le faire fondre avant que la brasure ne prenne est bien réel. J'ai donc employé une brasure d'argent à basse température, autour de 650 °C, et conduit la flamme avec précision pour chauffer de façon homogène sans jamais dépasser le point critique.
Chaque tube d'argent a été relié à un cylindre d'or par un fin anneau rond, brasé à ses extrémités. La chaîne s'est ainsi formée maillon après maillon, jusqu'au bracelet complet. Le fermoir mousqueton en or jaune 18 carats a ensuite été brasé sur l'anneau terminal, puis la pièce entière a été dérochée dans un bain d'acide dilué, qui élimine les oxydes laissés par la chaleur.
Le polissage
Reste le polissage. La partie en argent a été polie au coton imprégné de pâte, jusqu'à l'éclat miroir. Les éléments dorés, eux, ont gardé leur texture striée, afin de préserver le contraste entre le mat et le brillant.
Le moment de passer le bracelet au poignet
Lorsque ma cliente a glissé le bracelet à son poignet, elle a été séduite immédiatement. Ce n'était plus une boîte de pièces oubliées, mais un bijou contemporain, élégant et résistant, qui l'accompagnera désormais au quotidien. Son or avait trouvé une seconde existence, et j'avais, moi, la joie de l'avoir façonné.
Si vous aussi gardez des bijoux dans un tiroir, ou si vous rêvez d'une pièce qui n'existe nulle part ailleurs, venez en parler à l'atelier de Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes. Nous regarderons ensemble ce que vous avez, et nous imaginerons tranquillement ce qu'il pourrait devenir.





